Le Mellah de Fès Les Incontournables.

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Pourquoi choisir de vous raconter le mellah de Fès? Parce qu’il est le premier quartier réservé aux Marocains juifs de l’histoire du Maroc. Construit en 1438, tout près du palais royal, il a été la réponse de protection du sultan à certains agissements violents d’une partie de la population en médina.
Mellah vient du mot “sel” en arabe, qui servait de monnaie d’échange. Oui mais comment en savoir plus? Un jeune homme, Youness Abeddour, organise des visites guidées, uniquement dans le mellah. Rendez-vous pris sur le  parking, juste à l’entrée. Passionné par l’histoire juive de sa ville, il commence tout de suite en nous posant quelques questions, sous forme de quiz. La visite se poursuivra ainsi, intéressante et animée.

Direction le cimetière juif. Parfaitement bien entretenu, il est étendu, surplombant une partie de la vallée. Toutes les tombes y sont répertoriées; cela permet ainsi aux familles, venues pour la plupart de l’étranger, de retrouver rapidement les tombes de leurs ancêtres. Un lieu couvert abrite une lignée de grands rabbins de la famille Aben Danan, de la synagogue du même nom.
Nous remarquons un peu plus loin plusieurs femmes qui se recueillent au même endroit. Youness nous raconte alors l’histoire de  cette jeune fille enterrée ici. Soulika, de confession juive, est née à Tanger au 18ème siècle. Un des fils du sultan en tomba amoureux et voulu qu’elle se convertisse à l’islam; ce qu’elle refusa. Le grand rabbin fut appelé pour la convaincre mais Soulika ne cilla pas et elle mourut.
Depuis, et encore aujourd’hui, des femmes, de toutes confessions, viennent sur son tombeau allumer des bougies et prier pour leur fertilité.

Il n’y a plus de Marocains juifs qui habitent dans le mellah. Ils ont tous déménagé dans la ville nouvelle. En 2014, une soixante de Marocains juifs habitent encore Fès, alors que la ville en a déjà compté plus de 14 000!

Si Fès est réputée pour être un centre spirituel de l’islam, elle l’est aussi du judaïsme. Au 12ème siècle, le philosophe Maïmonide y a vécu deux ans, en étudiant à l’université Al Quaraouiyine et en vivant au centre de la médina. Mais c’est surtout vers la fin du 15ème siècle que les juifs d’Espagne, appelés Megorachim, arrivent en grand nombre au Maroc et notamment à Fès. Ils s’installent dans le mellah et la cohabitation avec les Tochavim, les juifs déjà présents en Afrique du Nord depuis l’Antiquité, finit par se passer sans heurt. Puisque certains rituels sont différents, chacun aura sa synagogue.
Mais avant de découvrir ces deux synagogues qui ont été restaurées, Youness nous fait lever la tête vers les habitations du mellah qui ont des fenêtres et des balcons, ce qui ne se retrouve pas en médina. Au rez-de-chaussée, les magasins, aujourd’hui, n’ont plus grand intérêt. Au 18ème siècle, les Marocains juifs étaient renommés dans l’orfèvrerie, le tissage et la confection, ils tenaient aussi le commerce du tabac et la frappe de la monnaie.

La vie au mellah et à Fès n’a pas toujours été facile. L’événement sanglant, appelé “tritl” ou “tritel”, qui a marqué l’histoire, s’est déroulé en 1912. Le Maroc vient tout juste d’être mis sous protectorat français. Des émeutes éclatent et des exactions sont commises.

 

Le sultan ouvre les portes de son palais pour que les juifs s’y réfugient; ceux-ci bénéficient du statut de “protégés”. Dès les années 1930, le roi Mohammed V avait ouvert les portes du Maroc aux juifs d’Europe et il déclarera fermement aux autorités françaises, lorsque les lois raciales antijuives furent appliquées par le régime de Vichy, qu’il ne faisait aucune distinction entre ses sujets.

La vie, après, a repris son cours, mais avec le développement de la ville nouvelle, plusieurs Marocains juifs l’ont préférée, quittant peu à peu le mellah. Beaucoup d’autres ont choisi de partir en Israël, en France, au Canada, mais tous ont conservé un lien affectif très fort avec le Maroc et Fès, comme d’autres villes, reçoit tout au long de l’année des groupes venus presque en pélérinage sur cette terre qui est aussi la leur.

Dans le mellah, il subsiste des trésors que nous sommes venus voir. Deux synagogues, datant du 17ème siècle, ont été réhabilitées il y a peu et elles sont maintenant ouvertes au public. C’est à la synagogue Aben Danan que nous rencontrons le rabbin de Fès, Abraham Sabbagh. Celui-ci, d’un caractère avenant, accepte de nous recevoir chez lui, dans la ville nouvelle.
Entouré de ses souvenirs, il est le pilier de la communauté. Né en 1944 à Fès, il a pris des photos et en a rassemblé d’autres tout au long de sa vie. Ecoutez le plutôt vous raconter son histoire et celle de la communauté.

-Pour une visite guidée du mellah de Fès, contactez Youness Abeddour, Memories of Fez, youness.abeddour@gmail.com

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